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Bienvenue sur le site web de Darchari MIKIDACHE. Vous y trouverez une synthèse de ses propositions, ses éditoriaux, ses réflexions, ses actions, sa biographie, ses tribunes et ses citations.


Madagascar : faire du Programme national Fandroso un véritable instrument d'emploi, d'entrepreneuriat et de transformation productive6

Publié par Darchari MIKIDACHE sur 28 Juillet 2026, 16:58pm

Catégories : #Accompagnement, #Entrepreneuriat, #Chômage

Rencontres de terrain
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Rencontres de terrain

Le véritable développement ne consiste pas à distribuer des financements. Il consiste à construire des femmes et des hommes capables de créer des entreprises durables, des emplois productifs et des richesses au service de la Nation

Darchari MIKIDACHE

Le Programme national Fandroso, lancé le 27 juillet 2026 par les autorités malgaches, constitue une initiative importante en faveur des jeunes et des PME. Pour réussir durablement, il devra toutefois s'inscrire dans une stratégie plus large de création de richesses, de transformation productive et d'industrialisation. Les propositions du Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC).

 

Le 27 juillet 2026, les autorités malgaches ont officiellement lancé le Programme national Fandroso, un dispositif destiné à soutenir l'entrepreneuriat des jeunes et le développement des petites et moyennes entreprises. Doté d'un fonds annoncé de 200 milliards d'ariary, le programme prévoit un accompagnement technique, des formations et un accès au financement pouvant atteindre 60 millions d'ariary selon les catégories de bénéficiaires. Son ambition est clairement affichée : lutter contre le chômage en permettant aux jeunes de créer leur propre activité économique. 

 

Cette initiative mérite d'être saluée. Elle traduit la volonté des pouvoirs publics de répondre à une réalité préoccupante : chaque année, des milliers de jeunes arrivent sur le marché du travail alors que les créations d'emplois demeurent insuffisantes. À cette difficulté s'ajoutent un niveau de pauvreté encore élevé, un accès limité au financement, la prédominance de l'économie informelle et des obstacles persistants à l'investissement productif. 

 

Face à une telle situation, l'inaction ne serait pas une option. Soutenir les jeunes, encourager l'initiative privée et renforcer les PME constituent des orientations légitimes.

 

Mais une politique publique ne se juge pas uniquement à la qualité de son intention. Elle se mesure à ses résultats.

 

L'expérience de nombreux pays africains montre que le financement de projets, même abondant, ne suffit pas à créer des entreprises solides, encore moins une économie productive capable de générer durablement des emplois.

 

Le Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC) souhaite donc apporter une contribution constructive à ce débat. Il ne s'agit ni de remettre en cause le Programme national Fandroso ni de formuler une critique politique. Il s'agit d'identifier les conditions susceptibles de transformer cette initiative en un véritable levier de développement économique, dont les enseignements pourraient inspirer bien au-delà de Madagascar.

 

Le bon diagnostic des autorités

 

Le premier mérite du Programme Fandroso est de reconnaître que la jeunesse constitue la principale richesse d'une nation.

 

Il reconnaît également une évidence économique : sans accès au financement, sans accompagnement et sans confiance accordée aux jeunes, beaucoup de projets ne voient jamais le jour.

 

Cette orientation est pertinente.

 

Pendant longtemps, les politiques publiques africaines ont surtout cherché à créer des emplois publics ou à attendre que les grandes entreprises absorbent progressivement les nouveaux diplômés. Or cette capacité est aujourd'hui limitée.

 

Il est donc normal que les gouvernements cherchent aussi à développer une nouvelle génération d'entrepreneurs.

 

Mais une question essentielle mérite d'être posée.

 

Tout le monde ne peut pas devenir entrepreneur

 

L'entrepreneuriat est indispensable.

 

Il n'est cependant pas la réponse unique au chômage.

 

Une économie moderne a besoin d'entrepreneurs, mais aussi d'ingénieurs, de techniciens, d'enseignants, de médecins, d'agriculteurs, d'ouvriers qualifiés, de comptables, de chercheurs, de fonctionnaires compétents et de salariés dans des entreprises déjà existantes.

 

Tous les jeunes ne possèdent ni le même projet, ni les mêmes compétences, ni la même appétence pour la prise de risque.

 

Faire de l'entrepreneuriat la principale réponse au chômage reviendrait à transférer sur chaque jeune la responsabilité de résoudre, seul, un problème qui relève également de la politique économique, de la politique industrielle, de l'éducation, des infrastructures et de l'investissement.

 

Une politique nationale de l'emploi doit donc proposer plusieurs parcours d'insertion.

 

Certains créeront des entreprises.

 

D'autres intégreront des PME.

 

D'autres encore rejoindront l'industrie, les services, l'agriculture moderne, les métiers techniques ou la fonction publique.

 

Le succès d'un pays repose précisément sur cette diversité.

 

Le financement ne crée pas automatiquement une entreprise viable

 

Une deuxième limite mérite d'être soulignée.

 

Le crédit ne crée pas un marché.

 

Il ne crée pas non plus des clients, des fournisseurs fiables, une bonne comptabilité ou une stratégie commerciale.

 

Une entreprise ne survit pas parce qu'elle reçoit un financement.

 

Elle survit parce qu'elle vend régulièrement des produits ou des services répondant à une demande réelle.

 

Avant d'accorder un financement, plusieurs questions devraient systématiquement être examinées.

 

Existe-t-il un marché ?

 

Le produit répond-il à un besoin identifié ?

 

Le projet est-il rentable ?

 

Le porteur maîtrise-t-il suffisamment la gestion de son activité ?

 

Les approvisionnements sont-ils sécurisés ?

 

Comment l'entreprise trouvera-t-elle ses premiers clients ?

 

Ces questions sont parfois plus importantes que le montant du prêt lui-même.

 

Les principaux risques

 

Si certaines précautions ne sont pas prises, plusieurs risques peuvent apparaître.

 

Le premier est la multiplication de projets identiques dans un même territoire.

 

Lorsque plusieurs dizaines de bénéficiaires ouvrent simultanément le même type de commerce ou proposent exactement le même service, ils deviennent rapidement les concurrents directs les uns des autres.

 

Le deuxième risque est celui de l'endettement.

 

Un jeune qui échoue ne perd pas seulement son entreprise.

 

Il peut également perdre sa capacité future d'investissement.

 

Le troisième risque est l'absence de suivi.

 

Dans beaucoup de programmes, l'accompagnement s'arrête après le décaissement du financement.

 

Or c'est précisément à ce moment que commencent les difficultés.

 

Enfin, il existe un risque statistique.

 

Le nombre de projets financés est facile à annoncer.

 

Le nombre d'entreprises encore actives après cinq années est beaucoup plus révélateur.

 

Le véritable indicateur de réussite n'est donc pas le nombre de prêts accordés.

 

C'est le nombre d'entreprises qui survivent, recrutent, innovent, remboursent leurs financements et créent de la richesse.

 

Les propositions du CEEC

 

Pour renforcer durablement une initiative comme Fandroso, le CEEC propose plusieurs orientations complémentaires.

 

Une politique nationale de l'emploi

 

La première consiste à distinguer clairement la politique d'entrepreneuriat de la politique nationale de l'emploi.

 

L'entrepreneuriat doit constituer un pilier.

 

Il ne doit pas devenir l'unique réponse.

 

Chaque jeune doit pouvoir choisir la voie correspondant à ses compétences et à son projet de vie.

 

Un accompagnement de A à Z

 

Le CEEC propose un accompagnement continu.

 

Celui-ci devrait commencer dès la conception du projet et se poursuivre plusieurs années après la création de l'entreprise.

 

Cet accompagnement comprend notamment :

 

le suivi comptable ;

 

la gestion financière ;

 

l'assistance fiscale ;

 

la recherche de marchés ;

 

l'identification de débouchés ;

 

l'amélioration de la qualité ;

 

la stratégie commerciale ;

 

la transformation numérique ;

 

l'accès aux réseaux professionnels.

 

 

Créer une entreprise est une étape.

 

La faire grandir est un métier.

 

Former avant de financer

 

La culture entrepreneuriale doit commencer bien avant la demande de financement.

 

Le CEEC propose d'introduire progressivement, dès les dernières années du lycée, des modules obligatoires portant sur :

 

la gestion de projet ;

 

la comptabilité ;

 

le calcul des coûts ;

 

le fonctionnement d'une entreprise ;

 

le droit des affaires ;

 

la gestion des risques.

 

 

À la fin de la licence, tous les étudiants, quelle que soit leur spécialité, devraient suivre un module d'approfondissement consacré à la conduite de projet et à la gestion d'une activité économique.

 

L'objectif n'est pas de transformer tous les étudiants en entrepreneurs.

 

Il est de donner à chacun les outils indispensables pour gérer un projet ou participer efficacement à une organisation.

 

Former les formateurs

 

Aucune réforme durable ne peut réussir sans enseignants et accompagnateurs compétents.

 

Le CEEC recommande donc un programme national de formation de formateurs associant entrepreneurs expérimentés, universités, experts-comptables, ingénieurs, banquiers et spécialistes sectoriels.

 

L'entrepreneuriat s'enseigne aussi par l'expérience.

 

Mutualiser les compétences

 

L'une des principales fragilités des petites entreprises réside dans leur isolement.

 

Le CEEC propose la mise en place de mécanismes de mutualisation permettant aux jeunes entreprises de partager :

 

des services comptables ;

 

des conseils juridiques ;

 

des centrales d'achat ;

 

des plateformes numériques ;

 

des équipements ;

 

des laboratoires ;

 

des espaces de transformation ;

 

des services commerciaux.

 

 

Mutualiser les moyens permet de réduire les coûts et d'améliorer la compétitivité.

 

Instituer des prix nationaux

 

Le CEEC recommande également la création de prix nationaux récompensant :

 

les entreprises les plus innovantes ;

 

les meilleures performances comptables ;

 

les entreprises ayant créé le plus d'emplois durables ;

 

les initiatives favorisant la transformation locale des ressources ;

 

les jeunes entrepreneurs ayant réussi à accéder aux marchés africains.

 

 

Il s'agit de valoriser la réussite durable plutôt que la simple création d'entreprise.

 

Une fonction nationale permanente d'accompagnement

 

Au-delà d'un programme ponctuel, Madagascar gagnerait à disposer d'un instrument permanent chargé d'accompagner les entrepreneurs sur le long terme.

 

Cette fonction pourrait être confiée à une agence spécialisée ou à une structure existante renforcée.

 

Sa mission serait de conserver la mémoire des expériences, de suivre les entreprises, de former les accompagnateurs et d'évaluer objectivement les résultats.

 

Les politiques publiques gagnent en efficacité lorsqu'elles apprennent de leurs réussites comme de leurs échecs.

 

La doctrine du CEEC : l'État actionnaire temporaire

 

Toutes les activités économiques ne peuvent être développées uniquement par de très petites entreprises.

 

Certains secteurs stratégiques nécessitent des investissements considérables, des infrastructures lourdes ou des risques que le secteur privé hésite à assumer seul.

 

Dans ces cas, le CEEC défend une doctrine claire.

 

L'État peut intervenir temporairement comme actionnaire afin d'amorcer une activité stratégique.

 

Mais cette intervention doit respecter plusieurs principes :

 

gestion selon les règles du secteur privé ;

 

comptabilité privée rigoureuse ;

 

gouvernance professionnelle ;

 

audits indépendants ;

 

objectifs de performance clairement définis ;

 

calendrier de retrait progressif de l'État.

 

 

Il ne s'agit pas de recréer les anciennes entreprises publiques déficitaires.

 

Il s'agit de permettre à l'État de jouer un rôle de catalyseur lorsque le marché ne peut pas encore porter seul certains investissements stratégiques.

 

Cette approche peut concerner notamment la transformation agroalimentaire, certaines industries de première transformation, la logistique, les infrastructures productives ou les technologies émergentes.

 

Une stratégie panafricaine

 

Enfin, les jeunes entreprises malgaches ne doivent pas être pensées uniquement pour le marché national.

 

L'avenir réside également dans les marchés régionaux et continentaux.

 

La Zone de libre-échange continentale africaine offre progressivement de nouvelles perspectives aux entreprises capables de produire selon des normes compétitives et de s'insérer dans les chaînes de valeur africaines.

 

Le financement des jeunes entrepreneurs doit donc être articulé avec une stratégie d'exportation, de transformation locale, d'innovation et d'intégration régionale.

 

Créer une entreprise est important.

 

Créer une entreprise capable de vendre au-delà de son territoire l'est encore davantage.

 

Conclusion

 

Le Programme national Fandroso constitue une initiative ambitieuse qui répond à une préoccupation réelle : offrir davantage de perspectives à une jeunesse confrontée au chômage, au sous-emploi et à la pauvreté. À ce titre, il mérite d'être salué et encouragé. 

 

Mais le succès d'une telle politique ne dépendra pas uniquement des 200 milliards d'ariary mobilisés ni du nombre de projets financés. Il dépendra de la capacité à bâtir un véritable écosystème entrepreneurial dans lequel le financement n'est qu'un point de départ. Les entreprises auront besoin d'une formation de qualité, d'un accompagnement permanent, d'une comptabilité rigoureuse, d'un accès aux marchés, d'infrastructures adaptées, de services mutualisés et d'une politique industrielle cohérente.

 

La doctrine du Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC) repose sur une conviction simple : tout le monde ne peut pas devenir entrepreneur, mais chaque jeune doit pouvoir devenir un acteur productif de l'économie. Les uns créeront des entreprises, les autres rejoindront des PME, l'industrie, les services, l'agriculture moderne ou les administrations. L'objectif d'une politique publique n'est pas d'imposer un modèle unique, mais d'offrir à chacun les conditions de sa réussite.

 

Le CEEC préconise ainsi une approche intégrée fondée sur six piliers : une politique nationale de l'emploi dépassant le seul entrepreneuriat, un accompagnement de A à Z, une formation à la gestion de projet dès le lycée et jusqu'à l'université, un système national de mutualisation des compétences, une fonction permanente d'appui aux entreprises et, dans les secteurs stratégiques, un État actionnaire temporaire appliquant les règles de gestion et de comptabilité du secteur privé.

 

Au-delà de Madagascar, cette réflexion concerne l'ensemble du continent africain. Les défis sont similaires : créer des emplois, transformer localement les ressources, renforcer les PME et préparer les économies africaines à tirer pleinement parti de la ZLECAf. Le Programme Fandroso peut ainsi devenir davantage qu'une initiative nationale. Il peut contribuer à ouvrir un débat continental sur les politiques publiques les plus efficaces pour transformer la jeunesse africaine en principal moteur de la croissance, de l'innovation et de la prospérité.

 

Darchari MIKIDACHE

Économiste-fiscaliste

Président-Fondateur du Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC)

 

*La diffusion des idées fait progresser les peuples.*

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