Une matière première crée une possibilité. La transformation crée de la valeur. Et la maîtrise de la chaîne de valeur crée de la puissance économique
Exporter une ressource brute, c’est souvent exporter aussi les emplois, les marges et une partie de la richesse qu’elle pourrait créer sur place.
L’Afrique exporte du cacao.
Elle importe du chocolat.
Elle exporte du coton.
Elle importe des vêtements.
Elle exporte des minerais.
Elle importe des batteries, des composants et des équipements.
Elle exporte du pétrole brut.
Elle importe des produits raffinés.
Ce modèle produit des recettes.
Mais il ne produit pas suffisamment de richesse durable.
Le véritable enjeu n’est pas seulement de produire davantage.
Il est de transformer davantage.
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1. EXPORTER UNE MATIÈRE PREMIÈRE, C’EST EXPORTER UNE PARTIE DE LA VALEUR
Lorsqu’un pays vend une matière brute, il vend essentiellement le premier maillon de la chaîne.
Le reste de la valeur se crée ailleurs :
— transformation ;
— conditionnement ;
— logistique ;
— marketing ;
— distribution ;
— technologie ;
— financement ;
— propriété intellectuelle.
Plus la transformation est éloignée du pays producteur, plus une partie importante de la richesse et des emplois lui échappe.
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2. LA QUESTION N’EST PAS : « QUE PRODUISONS-NOUS ? »
La vraie question est :
« Jusqu’où transformons-nous ce que nous produisons ? »
Produire du café est une chose.
Torréfier, conditionner, créer une marque et organiser la distribution internationale en est une autre.
Extraire un minerai est une chose.
Fabriquer des composants, des batteries ou des équipements industriels en est une autre.
C’est dans ces étapes supplémentaires que se trouvent une grande partie des emplois qualifiés et des marges.
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3. LES CHAÎNES DE VALEUR SONT LE VRAI CHAMP DE BATAILLE
La puissance économique moderne ne repose pas seulement sur la possession des ressources.
Elle repose sur la maîtrise de la chaîne de valeur.
Celui qui contrôle :
— la transformation ;
— la technologie ;
— les normes ;
— la logistique ;
— les marques ;
— la distribution ;
capte généralement une part beaucoup plus importante de la richesse finale.
Posséder une ressource naturelle ne suffit donc pas.
Il faut construire l’écosystème qui permet d’en tirer davantage de valeur.
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4. L’AFRIQUE DOIT CESSER D’EXPORTER SES EMPLOIS
Chaque fois qu’un produit africain est transformé entièrement à l’étranger, une partie des emplois associés à cette transformation est créée ailleurs.
Ce sont des emplois industriels.
Des emplois techniques.
Des emplois logistiques.
Des emplois commerciaux.
Des emplois financiers.
Des emplois dans la recherche et le design.
La transformation locale n’est donc pas seulement une question industrielle.
C’est aussi une politique de l’emploi.
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5. TRANSFORMER SUR PLACE NE SIGNIFIE PAS TOUT PRODUIRE SEUL
Il faut éviter un autre piège : croire que chaque pays doit construire seul toutes les étapes d’une filière.
Ce n’est ni réaliste ni efficace.
L’Afrique doit raisonner davantage en chaînes de valeur régionales.
Un pays peut produire.
Un autre transformer.
Un troisième assembler.
Un quatrième assurer la logistique.
Un cinquième développer les services financiers ou numériques associés.
La puissance économique peut être construite à l’échelle régionale.
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6. LES INFRASTRUCTURES FONT LA DIFFÉRENCE
On ne développe pas une industrie avec des discours.
Il faut :
— une énergie fiable ;
— des ports performants ;
— des routes ;
— des infrastructures numériques ;
— des zones industrielles ;
— des financements adaptés ;
— des compétences techniques ;
— une administration prévisible.
Une usine ne peut pas être compétitive si elle passe son temps à compenser les faiblesses de son environnement.
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7. LES ENTREPRISES LOCALES DOIVENT GRANDIR
L’industrialisation ne peut pas dépendre uniquement des multinationales.
Il faut aussi faire émerger des entreprises africaines capables de :
— produire ;
— transformer ;
— exporter ;
— investir ;
— acquérir de la technologie ;
— créer des marques régionales.
Une économie devient plus solide lorsque ses entreprises locales montent progressivement en gamme.
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8. L’AGRICULTURE PEUT DEVENIR UNE INDUSTRIE
L’un des plus grands potentiels africains reste l’agro-industrie.
Au lieu d’exporter uniquement des produits agricoles bruts, il faut développer :
— transformation alimentaire ;
— conservation ;
— emballage ;
— chaîne du froid ;
— normalisation ;
— marques locales ;
— exportation de produits finis.
Un produit agricole peut générer plusieurs niveaux de valeur avant d’arriver au consommateur.
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9. LES MINERAIS STRATÉGIQUES OFFRENT UNE OPPORTUNITÉ HISTORIQUE
La transition énergétique mondiale augmente la demande pour plusieurs ressources présentes sur le continent.
Mais l’opportunité ne sera réellement stratégique que si les pays africains captent une partie plus importante de la transformation.
Sinon, le risque est connu :
exporter les matières premières de demain et importer les technologies fabriquées avec ces mêmes matières premières.
L’histoire économique ne doit pas se répéter indéfiniment.
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10. LE DÉVELOPPEMENT PASSE PAR LA MONTÉE EN GAMME
Une économie progresse lorsqu’elle passe progressivement :
de la matière brute au produit transformé ;
du produit transformé au produit fini ;
du produit fini à la marque ;
de la marque à la technologie ;
de la technologie à l’innovation.
C’est ce mouvement qui permet d’augmenter :
— la productivité ;
— les revenus ;
— les emplois qualifiés ;
— les recettes fiscales ;
— la capacité d’investissement.
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CE QUE LES PAYS AFRICAINS PEUVENT FAIRE
Il faut arrêter d’opposer l’État et le secteur privé.
Les deux ont un rôle.
L’État doit créer l’environnement.
Le secteur privé doit produire, investir et innover.
Les priorités peuvent être simples :
— identifier quelques filières stratégiques par pays ou sous-région ;
— concentrer les infrastructures autour de ces filières ;
— former les compétences nécessaires ;
— faciliter l’accès au financement ;
— sécuriser les règles économiques ;
— favoriser les partenariats technologiques ;
— développer les marchés régionaux ;
— soutenir l’émergence de marques africaines.
Le plus important est la continuité.
Une stratégie industrielle ne produit pas ses résultats en deux ans.
Elle se construit sur dix, quinze ou vingt ans.
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L’AFRIQUE POSSÈDE DÉJÀ UNE PARTIE DE LA SOLUTION
Ses terres.
Ses minerais.
Sa jeunesse.
Ses marchés.
Ses entrepreneurs.
Ses diasporas.
Ses ressources énergétiques.
Le défi est désormais d’organiser ces atouts.
Car la richesse ne vient pas seulement de ce qu’un pays possède.
Elle vient de ce qu’il sait faire avec ce qu’il possède.
« Une matière première crée une possibilité. La transformation crée de la valeur. Et la maîtrise de la chaîne de valeur crée de la puissance économique. »
— Darchari MIKIDACHE
Autrement dit :
« L’Afrique ne deviendra pas riche simplement parce qu’elle possède des ressources. Elle le deviendra lorsqu’elle saura transformer ses ressources en entreprises, en emplois, en technologies et en marques. »
— Darchari MIKIDACHE
Le XXIe siècle peut offrir une immense opportunité au continent.
Mais cette opportunité ne sera pas automatique.
Il faudra produire.
Transformer.
Industrialiser.
Coopérer.
Et surtout retenir davantage de valeur sur le continent.
Par Darchari MIKIDACHE
Président du think-tank Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC)
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