Assurer un financement stable, securisé et autonome est crucial pour réussir la nouvelle stratégie. Il convient de sortir de la stratégie de l'assistanat passif.
Le classement d’un patrimoine, la création d’une agence ou l’annonce d’un grand programme touristique ne transforment pas, à eux seuls, une économie.
La question décisive est celle du financement.
Comment restaurer durablement les médinas, former les professionnels, améliorer les transports, assainir les villes, protéger l’environnement et soutenir les entreprises locales ?
Les Comores ne peuvent pas dépendre uniquement de projets extérieurs ou de subventions ponctuelles. Elles doivent construire un pacte financier associant l’État, les îles autonomes, les communes, le secteur privé, les banques, la diaspora et les partenaires internationaux.
Chaque ressource mobilisée devra produire un résultat visible, mesurable et durable.
Par Darchari MIKIDACHE
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LE FINANCEMENT DOIT DEVENIR UNE POLITIQUE PUBLIQUE
Une stratégie ambitieuse ne peut pas fonctionner sans ressources stables.
Une agence nationale, des restaurations patrimoniales, des formations, des infrastructures d’accueil, des transports fiables et des événements réguliers ne peuvent pas dépendre de financements occasionnels.
Les Comores doivent sortir d’un modèle dans lequel les projets démarrent avec l’arrivée d’un partenaire, puis s’arrêtent lorsque son financement prend fin.
La politique touristique devra reposer sur une programmation pluriannuelle, des ressources diversifiées, des crédits juridiquement sécurisés et une transparence complète.
Deux erreurs sont à éviter : attendre exclusivement l’aide internationale ou créer de nouvelles taxes sans améliorer les services.
La contribution nationale sera légitime si les habitants, les entreprises et les visiteurs constatent que les ressources collectées améliorent réellement les sites, la propreté, la mobilité et l’activité économique.
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UN PROGRAMME D’INVESTISSEMENT À TROIS NIVEAUX
Le besoin global devra être précisé après l’inventaire des sites, l’audit des transports et les études techniques. Trois niveaux d’investissement peuvent néanmoins être envisagés.
Une première enveloppe de 10 à 15 millions d’euros sur deux ou trois ans permettrait de répondre aux urgences : sécuriser les monuments menacés, établir les plans de sauvegarde, engager les premières opérations d’assainissement, améliorer la signalétique, former les premiers agents et préparer les projets futurs.
Une deuxième enveloppe de 50 à 75 millions d’euros sur dix ans pourrait financer la transformation du secteur. Elle concernerait la restauration progressive des médinas, les musées, les archives, les équipements d’accueil, les accès routiers, la gestion des déchets, la formation d’environ 1 500 professionnels, l’accompagnement des entreprises et la numérisation du patrimoine.
Ces chiffres constituent des ordres de grandeur qui devront être confirmés par des études approfondies.
Enfin, les ports, les aéroports, les routes structurantes, l’eau, l’énergie et les grandes unités de traitement des déchets relèvent d’une politique nationale d’infrastructures. Ils devront disposer de financements distincts, tout en restant coordonnés avec la stratégie touristique.
Il faut éviter de confondre, dans une même enveloppe, la restauration d’une médina, l’achat d’un navire et la modernisation d’un aéroport.
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CRÉER UN FONDS NATIONAL CLAIREMENT ORGANISÉ
Le Fonds spécial de développement culturel, touristique, patrimonial et environnemental ne devra pas devenir une caisse générale sans priorités identifiables.
Ses ressources pourraient être réparties entre cinq grandes missions.
La première concernerait la sauvegarde du patrimoine, notamment les restaurations, les études, les archives, les musées et la protection du patrimoine immatériel.
La deuxième financerait l’assainissement, la gestion des déchets, la signalétique, les équipements d’accueil et les travaux d’accessibilité.
La troisième serait consacrée à la formation des formateurs, aux bourses d’excellence, aux stages régionaux et au retour des compétences.
La quatrième soutiendrait les entreprises touristiques, culturelles et écologiques grâce à des aides d’amorçage, des garanties, des prêts adaptés et une assistance technique.
La cinquième accompagnerait les festivals, les circuits interinsulaires, les manifestations culturelles et les programmes destinés à la diaspora.
Cette organisation permettrait de connaître la destination des crédits et d’évaluer les résultats obtenus dans chaque domaine.
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MOBILISER DES RESSOURCES NATIONALES SANS ÉTOUFFER LE SECTEUR
L’État devra inscrire chaque année une dotation minimale au profit du Fonds national, programmée sur plusieurs exercices.
Cette dotation financera notamment les dépenses peu attractives pour les investisseurs privés, comme l’entretien, les archives, la protection d’urgence, la formation des agents et la sensibilisation des populations.
Une contribution de séjour modérée pourrait également être étudiée dans les hôtels et maisons d’hôtes. Son montant devrait dépendre de la catégorie de l’établissement et être clairement affiché.
Une partie de cette recette pourrait revenir au Fonds national, une autre à l’île concernée et une troisième à la commune d’accueil.
Cette contribution ne sera acceptable que si son utilisation est publique et si elle améliore effectivement la propreté, la conservation et l’accueil.
Une faible contribution sur certains billets internationaux pourrait aussi être envisagée, à condition d’être plafonnée et intégralement affectée au tourisme et au patrimoine.
Les liaisons interinsulaires devront, en revanche, être protégées. Les ménages comoriens supportent déjà des coûts de transport élevés.
Le financement public devra également stimuler l’investissement privé.
Des avantages fiscaux temporaires pourraient être accordés pour la mise aux normes des établissements, la restauration des bâtiments patrimoniaux, l’acquisition d’équipements indisponibles localement ou la création d’emplois qualifiés.
Ces aides devront être conditionnées à des engagements précis.
Une aide fiscale sans contrepartie devient un privilège.
Une aide fiscale liée à l’emploi, à la formation et à la qualité devient un outil de développement.
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GARANTIR UNE PART DES RECETTES AUX TERRITOIRES
Les îles, les communes et les habitants ne peuvent pas supporter les contraintes liées à la conservation du patrimoine sans bénéficier des retombées économiques.
Une clé de répartition transparente devra donc être définie.
Une part des ressources collectées dans un territoire devra financer l’entretien des sites, les actions communales, les événements locaux et les projets bénéficiant directement aux habitants.
Une autre part pourrait alimenter un mécanisme national de solidarité patrimoniale afin de soutenir les territoires disposant d’un patrimoine important, mais encore peu fréquenté.
Les dotations pourront tenir compte de l’état des sites, de la population, de la fréquentation, de la qualité des projets et des résultats obtenus.
La performance doit être encouragée sans abandonner les communes les plus fragiles.
Lorsque celles-ci ne disposent pas des compétences nécessaires pour monter leurs dossiers, l’État et l’agence nationale devront leur apporter une assistance technique.
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MOBILISER LA DIASPORA PAR DES INSTRUMENTS CRÉDIBLES
La diaspora comorienne représente une capacité importante de financement, d’investissement et d’expertise.
Elle ne doit plus être sollicitée uniquement par des appels émotionnels aux dons.
L’État pourrait étudier des obligations « Patrimoine et Tourisme Comores » destinées à financer des projets clairement identifiés.
Chaque émission devra préciser son montant, sa durée, son rendement, ses garanties, ses risques, le projet concerné et les conditions de remboursement.
Un tel instrument ne sera crédible qu’avec une gestion rigoureuse de la dette et un contrôle indépendant.
Des fonds d’investissement pourraient également permettre à la diaspora de participer au financement de maisons d’hôtes, d’hôtels, de transports touristiques, de plateformes numériques, d’activités culturelles, de projets de recyclage ou d’énergies renouvelables.
Le don, le mécénat, le prêt et l’investissement devront être clairement distingués.
Le mécénat pourrait soutenir la restauration d’un monument, une bourse, une salle de musée ou la numérisation d’archives. Chaque contribution devra être traçable, sans permettre l’appropriation privée du patrimoine collectif.
La diaspora peut devenir un véritable partenaire de développement.
Elle ne doit pas être réduite au rôle de financeur sollicité uniquement lorsque les ressources publiques sont insuffisantes.
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PRÉPARER DES PROJETS RÉELLEMENT FINANÇABLES
Les partenaires internationaux financent rarement des intentions générales.
Ils soutiennent des projets étudiés, chiffrés, juridiquement sécurisés et techniquement réalisables.
Les Comores devront donc constituer une réserve de projets prêts à être financés.
Chaque dossier devra comporter une étude de faisabilité, un calendrier, un plan de financement, une analyse environnementale et sociale, des indicateurs de résultat ainsi qu’une estimation des dépenses futures d’entretien.
Une cellule d’ingénierie financière pourrait être installée au sein de l’Agence nationale. Elle serait chargée de mobiliser les dons, les prêts concessionnels, les garanties, les fonds climatiques, les programmes patrimoniaux, les financements de l’économie bleue et les investissements privés.
Les ressources devront être adaptées à chaque projet.
Les dons et financements très concessionnels devront être privilégiés pour les actions patrimoniales, sociales et environnementales.
L’endettement devra être réservé aux infrastructures présentant une utilité économique démontrée et une capacité soutenable de remboursement.
Le pays ne doit pas s’endetter pour financer des dépenses qui ne génèrent ni recettes ni économies futures.
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ENCADRER STRICTEMENT LES PARTENARIATS PUBLIC-PRIVÉ
Les partenariats public-privé peuvent participer au financement d’hôtels, de transports, d’équipements de loisirs ou de services numériques.
Ils ne constituent cependant pas une solution automatique.
Lorsqu’ils sont mal négociés, les bénéfices sont privatisés tandis que les risques restent supportés par l’État.
Chaque projet devra donc faire l’objet d’une comparaison avec un financement public classique, d’une expertise indépendante et d’une procédure concurrentielle.
Les contrats devront préciser le partage des risques, les garanties publiques, les obligations environnementales, les engagements en matière d’emploi local et les sanctions applicables.
Les principaux contrats devront être publiés.
Les terrains et bâtiments patrimoniaux ne devront pas être cédés définitivement. Lorsque leur exploitation privée est justifiée, des baux encadrés, limités dans le temps et réversibles devront être privilégiés.
Le secteur privé peut valoriser le patrimoine.
Il ne doit pas pouvoir se l’approprier.
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FINANCER LA FORMATION ET LE RETOUR DES COMPÉTENCES
Une politique de bourses ne doit pas s’arrêter au paiement des études.
Elle doit financer la sélection, la formation, les stages, le retour, l’installation et l’insertion professionnelle.
Un programme de 100 bourses spécialisées pourrait représenter plusieurs millions d’euros selon les disciplines, les pays et la durée des formations.
Ce coût doit être comparé à celui de la dépendance permanente envers des consultants étrangers.
Mais l’investissement serait perdu si les diplômés revenaient sans poste, sans matériel et sans responsabilités.
Une enveloppe spécifique devra donc financer les primes de retour, les équipements professionnels, les ateliers, les laboratoires, les postes d’enseignement et les projets portés par les bénéficiaires.
L’obligation éventuelle de servir aux Comores devra reposer sur un engagement réciproque.
La nation finance une compétence.
Le bénéficiaire s’engage à contribuer au développement du pays.
Mais l’État doit lui offrir les moyens d’exercer réellement son métier.
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SOUTENIR LES ÉVÉNEMENTS SANS ENTRETENIR UNE DÉPENDANCE
Les festivals, salons et manifestations culturelles peuvent stimuler les transports, l’hébergement, la restauration et le commerce local.
Ils ne doivent cependant pas être financés automatiquement chaque année.
Leur modèle économique devra associer une aide publique éventuellement dégressive, les collectivités, le mécénat, la billetterie, les stands commerciaux et les partenariats avec les entreprises.
Chaque événement subventionné devra présenter un budget, des objectifs de fréquentation et une estimation des retombées locales.
Un bilan financier et économique devra être publié après chaque manifestation.
Les événements capables de générer des recettes devront progressivement réduire leur dépendance aux subventions.
L’argent public doit soutenir en priorité les manifestations ayant une véritable utilité culturelle, sociale, éducative ou territoriale.
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FINANCER L’ENTRETIEN, PAS SEULEMENT LES INAUGURATIONS
Trop d’équipements sont inaugurés puis abandonnés faute de maintenance, de personnel ou de crédits de fonctionnement.
Cette logique doit cesser.
Chaque projet devra intégrer dès le départ son coût annuel d’entretien, ses besoins en personnel, ses dépenses d’énergie, de sécurité et de renouvellement des équipements.
Aucun investissement ne devrait être approuvé sans identifier l’institution chargée de son fonctionnement futur.
Une provision annuelle pourrait être constituée pour financer la maintenance des infrastructures et des sites restaurés.
La réussite ne se mesure pas à l’état d’un bâtiment le jour de son inauguration.
Elle se mesure à son état dix, vingt ou trente ans plus tard.
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UNE GOUVERNANCE FINANCIÈRE FONDÉE SUR LA TRANSPARENCE
La confiance constituera la principale ressource de cette stratégie.
Le Fonds devra publier son budget, sa programmation pluriannuelle, ses décaissements, ses bénéficiaires, ses taux d’exécution et les résultats obtenus.
Ses comptes devront distinguer le fonctionnement de l’investissement et permettre un suivi par projet, par île et par commune.
Les marchés publics devront être transparents.
Un audit financier et un audit de performance devront être réalisés régulièrement.
Un portail numérique pourrait permettre aux citoyens de suivre l’utilisation des ressources et de signaler les irrégularités.
Les représentants des habitants, des professionnels, des experts et de la société civile devront participer au suivi.
Une évaluation indépendante mesurera notamment l’état des sites, les emplois créés, la fréquentation touristique, les recettes, les achats locaux, la répartition territoriale des crédits et l’impact environnemental.
La satisfaction des habitants devra être prise en compte autant que celle des visiteurs.
Une politique touristique qui enrichit quelques acteurs tout en dégradant la vie des populations ne peut pas être qualifiée de durable.
La transparence n’est pas une contrainte administrative.
Elle est la condition de la confiance des partenaires, des investisseurs et de la diaspora.
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RECOMMANDATIONS DU CEEC
Le Cercle des Économistes et des Experts Comoriens recommande l’organisation d’une conférence nationale de financement du tourisme durable et du patrimoine.
Cette rencontre devra arrêter une programmation sur dix ans, identifier les projets prioritaires, évaluer leurs coûts et répartir clairement les responsabilités.
Le CEEC recommande également la création d’un Fonds national organisé par missions, soumis à une comptabilité par projet, à des audits réguliers et à une obligation de publication des résultats.
Une part des ressources devra revenir directement aux territoires concernés.
Une cellule nationale d’ingénierie financière devra préparer des projets techniquement solides et mobiliser des financements adaptés.
La diaspora devra disposer d’instruments sûrs distinguant clairement le don, le mécénat, le prêt et l’investissement.
Enfin, aucun projet important ne devra être approuvé sans budget d’entretien, indicateurs de performance et institution responsable de sa gestion future.
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CONCLUSION — UNE VISION SANS FINANCEMENT RESTE UN DISCOURS
Le financement constituera le test ultime de la crédibilité de l’ambition touristique comorienne.
Sans ressources stables, les institutions resteront impuissantes.
Sans contrôle, les crédits seront dispersés.
Sans entretien, les équipements se dégraderont.
Sans projets correctement préparés, les promesses des partenaires ne produiront aucun décaissement.
Les Comores doivent construire un pacte financier pour le patrimoine et le tourisme durable.
L’État devra investir, les îles et les communes participer, le secteur privé prendre des risques encadrés et la diaspora disposer d’instruments transparents.
Les partenaires internationaux devront être mobilisés autour de projets précis, tandis que chaque bénéficiaire devra rendre compte de ses résultats.
Chaque franc comorien, chaque euro et chaque dollar investi devra produire une amélioration concrète : un site protégé, une compétence créée, une entreprise renforcée, un territoire assaini ou un emploi durable.
Le financement ne doit pas apparaître comme une question secondaire.
Il constitue l’ossature de la stratégie.
Une vision sans financement demeure un discours.
Un financement sans gouvernance devient un risque.
Mais une vision financée, contrôlée et évaluée peut réellement transformer un pays.
Par Darchari MIKIDACHE
Économiste et fiscaliste
Président du think-tank Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC)
La diffusion des idées fait progresser les peuples. Reproduction et partage autorisés avec mention intégrale de l’auteur et de la source.
Que pensez-vous de la création d’un Fonds national transparent consacré au tourisme durable et à la protection du patrimoine comorien ?
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