Un pays peut disposer de terres, d'eau, de bras, de soleil, de pêcheurs, d'éleveurs et d'agriculteurs.
Mais s'il importe massivement ce qu'il pourrait produire localement, il ne nourrit pas seulement sa population.
Il finance aussi les emplois, les entreprises, les transporteurs, les banques et les recettes fiscales des pays fournisseurs.
Voilà l'un des paradoxes les plus coûteux de nombreuses économies africaines.
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UNE FACTURE QUI NE CESSE DE GRIMPER
Selon la FAO, la facture alimentaire de l'Afrique subsaharienne devrait encore augmenter en 2025.
Pendant ce temps, selon les estimations fréquemment citées par la Banque africaine de développement, l'Afrique concentrerait environ 60 à 65 % des terres arables non encore cultivées de la planète.
Et l'agriculture représente encore plus de 60 % de l'emploi africain.
Le continent n'importe pas parce qu'il ne peut pas produire.
Il importe parce que ses filières ne sont pas organisées.
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LA FACTURE DÉPASSE LE PRIX DES ALIMENTS
Une importation alimentaire, ce n'est pas seulement un achat.
Ce sont des devises qui sortent.
Du transport, des assurances, des intermédiaires, des frais portuaires.
Des marges commerciales, parfois des subventions publiques.
Pendant ce temps, le producteur local manque de financement, d'équipements, de débouchés.
Le consommateur paie le produit importé.
Et le contribuable paie parfois aussi l'abandon de la production nationale.
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LE PROBLÈME N'EST PAS SEULEMENT AGRICOLE
Le producteur peut cultiver.
Mais sans semences de qualité, sans eau, sans crédit adapté, sans entrepôt, sans chaîne du froid, sans transport fiable, sans contrat d'achat, sans unité de transformation — l'effort se perd.
La souveraineté alimentaire ne se construit pas uniquement dans les champs.
Elle se construit aussi dans les routes, les entrepôts, les banques, les ports et les usines.
Et la dépendance a un prix caché : la guerre en Ukraine l'a rappelé, quand la flambée des prix du blé et de l'huile a frappé tout le continent.
Importer sa nourriture, c'est aussi importer de la fragilité.
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ET LES COMORES ?
La Banque mondiale le constate : notre pays importe une grande partie de sa consommation alimentaire, ce qui l'expose particulièrement à l'instabilité des marchés mondiaux.
Le riz en est le symbole : environ 80 000 tonnes importées chaque année en moyenne, selon des données de l'INSEED rapportées par la presse nationale.
La libéralisation en cours du marché du riz ordinaire, avec l'ouverture progressive à de nouveaux importateurs, est une réforme structurante à accompagner.
Mais les contraintes insulaires ne doivent pas devenir une excuse permanente.
Maraîchage intensif, pêche mieux organisée, aquaculture, transformation du manioc, de la banane, de la noix de coco et des épices, coopération régionale dans l'océan Indien : les stratégies ciblées existent.
Et notre pays a déjà prouvé qu'il sait produire pour les marchés les plus exigeants du monde : vanille, ylang-ylang, girofle.
Le défi est d'appliquer ce savoir-faire à ce qui nourrit nos familles.
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RECOMMANDATIONS DU CEEC
— Identifier les dix produits les plus importés pouvant être produits localement.
— Construire une substitution progressive aux importations, sans brutalité ni improvisation.
— Créer des financements adaptés aux cycles agricoles.
— Développer le stockage, la chaîne du froid et la transformation locale.
— Organiser des contrats entre producteurs, hôtels, écoles, hôpitaux et administrations.
— Réserver une part de la commande publique aux produits locaux de qualité.
— Établir une trajectoire crédible pour honorer l'engagement africain de consacrer au moins 10 % des dépenses publiques à l'agriculture et au développement rural.
— Bâtir des données fiables sur la production, les importations, les prix et les pertes.
La souveraineté alimentaire ne doit pas reposer sur des slogans.
Elle doit reposer sur des chiffres, des filières, des investissements et des résultats.
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LA VÉRITÉ
Derrière un aliment produit localement, il y a des semenciers, des techniciens, des transporteurs, des transformateurs, des commerçants, des chercheurs et des jeunes entrepreneurs.
Une assiette peut créer des milliers d'emplois.
« Chaque produit que nous pouvons produire localement mais que nous importons sans stratégie représente une occasion d'emploi que nous envoyons ailleurs. »
Un pays ne devient pas souverain en fermant ses frontières.
Il le devient en renforçant sa capacité à produire, à transformer, à stocker et à protéger les besoins essentiels de sa population.
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Sources : FAO, Banque africaine de développement, CNUCED, Union africaine, Banque mondiale, INSEED.
Analyse complète et bibliographie détaillée sur le site du CEEC : www.ceec-comores.over-blog.com
La diffusion des idées fait progresser les peuples. Reproduction et partage autorisés avec mention intégrale de l'auteur et de la source.
Par Darchari MIKIDACHE, Président du think-tank Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC)
Question du jour : Quels produits alimentaires votre pays pourrait-il produire davantage afin de réduire sa dépendance extérieure ? Partagez cette réflexion pour replacer l'agriculture, la pêche, l'élevage et la transformation locale au cœur du développement.
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