Un plan de rattrapage économique des régions défavorisées et enclavées en termes d'infrastructures de santé, de transports, d'accès aux services publics et de routes est vivement recommandé au même titre que le renforcement de la gouvernance publique et de la promotion de l'égalité des chances au niveau de l'éducation et de l'insertion professionnelle des jeunes.
Par Darchari MIKIDACHE
Face à la triple crise à la fois sanitaire, économique et morale que subit l'Union des Comores, il est crucial de faire revenir ou attirer les meilleures compétences, les meilleurs experts nationaux dans le cadre d'une sélection rigoureuse et transparente pour reconstruire la nation comorienne en rétablissant la continuité de l'Etat, l'équité, l'égalité des chances, la promotion des femmes à de plus hautes responsabilités publiques et privées, la justice et une gouvernance publique transparente, exemplaire et efficace.
Les priorités et les exigences de la population sont nombreuses
Les citoyens attendent une nouvelle génération de politiques qui s'appuient sur une expertise reconnue à la fois éthique et désintéressée et sur des intellectuels pour un débat sur le fond afin de changer fondamentalement les choses en cas d'exercice des responsabilités publiques.
Il est temps de mettre fin à l'improvisation, aux promesses inconsidérées, à la poudre aux yeux en termes de communication, à l'opacité de la gestion publique, au népotisme, pour une justice véritablement républicaine. Il est urgent de mettre un terme définitif à la corruption, au non respect des règles déontologiques et des procédures de passation des marchés publics et aux manquements aux procédures judiciaires ainsi qu'à la mise à mal quotidienne du climat des affaires afin de donner une compétitivité significative à la destination Comores pour les investisseurs étrangers mais également pour les entrepreneurs issus de la diaspora des opérateurs économiques locaux.
De tels changements sont impératifs dans la mesure où chacun des concernés que nous sommes, nous souhaitons réussir le décollage économique.
L'État doit revoir ses politiques publiques pour accroître la production et le pouvoir d'achat de la population
Dans ce cadre, relever le niveau de vie de la population par la promotion de la production nationale et une hausse de la productivité en agriculture comme en matière d'industries "Made in Comoros " et améliorer son quotidien (accès à une eau courante de qualité et à l'électricité sans délestage tout en réduisant la pauvreté avec le soutien de l'entrepreneuriat et des investissements privés et publics créateurs d'emplois pour le plus grand nombre d'habitants, et le déclassement du pays reste une priorité nationale au même titre que la garantie à un accès à des soins sanitaires de qualité et à un plus haut degré de protection face aux infections graves comme le coronavirus. A cet effet, plusieurs centaines de millions de francs comoriens sont depensés à l'étranger par les citoyens pour se soigner correctement ou pour des spécialités médicales basiques qui n'existent pas aux Comores alors une politique visionnaire et rigoureuse aurait pu pallier ces handicaps avec un coût plus accessible à la population. Il est temps d'engager une politique de santé publique efficace dotée de moyens significatifs propres et non dépendante du bon-vouloir de partenaires au développement économique.
Les champs d'actions et les politiques publiques doivent être recentrés sur l'essentiel pour soutenir la cohésion sociale et assurer un décollage économique réel
Une véritable politique de solidarité nationale assurant un égal accès aux services publics dans le cadre d'une déconcentration soutenue des services centraux et d'une décentralisation donnant aux Communes les moyens d'agir réellement économiquement et financièrement avec une fiscalité propre devrait voir le jour. De même, un plan de rattrapage économique des régions défavorisées et enclavées en termes d'infrastructures de santé, de transports et de routes est vivement recommandé non seulement pour renforcer la cohésion nationale mais également pour créer de débouchés et donc des emplois durables pour les nombreux jeunes au chômage ou pour les milliers de diplômés qui quittent le système scolaire ou universitaire chaque année. Une Agence d'accompagnement des jeunes et des porteurs de projets créateurs de valeur ajoutée et d'emplois reste incontournable pour engager une politique d'insertion professionnelle crédible. Cette dernière devrait également délivrer des formations professionnelles qualifiantes de techniciens à ingénieurs pour répondre aux besoins du marché et du plan stratégique de développement national en complément de l'Université des Comores qui devrait créer un Pôle professionnel pour permettre à chaque jeune de disposer d'une formation professionnelle qualifiante et d'un certificat de maîtrise à l'entrepreneuriat selon les besoins de son projet professionnel. Cette orientation vers des cursus professionnalisant est recommandée car la jeunesse et l'éducation en plus de la justice sont au coeur des priorités de démarrage de toute Action publique susceptible de développer l'Union des Comores.
Les nominations à des postes techniques ou politiques sans une réelle prise de conscience patriotique des dirigeants publics qui devraient être motivés par l'intérêt général et non par leurs intérêts personnels, et être déterminés à relever le niveau de vie de la population et à donner une chance à chaque jeune de réussir sa vie n'ont aucun sens en ce qui me concerne comme pour une immense majorité de concitoyens épris de justice et du sens de l'intérêt général. Le plus important est d'offrir des perspectives crédibles, concrètes et utiles pour le plus grand nombre de personnes en cohérence avec un potentiel identifié et des projets qui germent et se développent localement.
La réalisation de projets conçus dans le détail, et la conception de programmes novateurs permettant une véritable amorce du développement économique et social, la mise en pratique des savoirs-faire, la réalisation du débat contradictoire pour faire ressortir les meilleurs projets sociétaux et les stratégies adaptées aux besoins nationaux et non juste pour faire du copier-coller, l'expression des opinions diverses et la liberté de la presse avec un renforcement du volet pédagogie des réformes, éducation citoyenne et journalisme d'investigation sont des axes de travail à concrétiser très rapidement.
Cela commence par la communication, les campagnes de sensibilisation et de concertation, le débat sur le fond des projets et actions futures à venir dans les dix années à venir et des politiques publiques urgentes pour relancer la machine économique après la fin de la crise sanitaire actuelle.
Par ailleurs, l'élaboration de programmes concrets et adaptés, avec la participation de la population suivi d'une mise en œuvre progressive par des porteurs de projet impliqués au quotidien.
Ceci nécessite une démarche pédagogique et un accompagnement auprès des populations bénéficiaires.
Ce sont tous ces aspects multidimentionnels qui constituent la substantifique moelle des réformes à mettre en œuvre.
L'exemplarité des dirigeants politiques et publics à tous les échelons des services publics y compris les ordonnateurs à commencer par le président et les ministres, le souci de renforcer la cohésion nationale à travers une justice équitable et une déconcentration effective et opérationnelle des services publics avec notamment la mise en place d'un service public numérique accessible à tous les citoyens, une meilleure formation continue et technique des agents et cadres avec un recrutement sélectif sur le fondement des compétences et non sur la proximité avec le pouvoir en place et une politique publique visant à soutenir les régions défavorisées économiquement sont les ressorts de cette vision. La mise en place de " smart cities" augmentant l'attractivité de nos villes entre dans cette stratégie.
De même, les Comores ne devront pas s'isoler. Elles devront conforter leur participation à la chaîne des valeurs internationales (Made in World) par le développement d'une diplomatie active économiquement fondée sur une véritable coopération gagnant gagnant avec un objectif de transfert progressif de technologies et de savoirs-faire internationaux.
De même, la culture de la sanction pour réduire à néant la culture de l'impunité, l'évaluation des projets et réformes entreprises par les gouvernants politiques et des sociétés d'Etat ainsi que le contrôle et le renforcement du suivi des Actions et réformes engagées par les Autorités publiques constituent des outils indispensables pour contribuer à la réussite collective.
Darchari MIKIDACHE
www.darcharimikidache.com